Paulette

Paulette (de son vrai nom Paule Jacqueline Choisy) est née le 15 juillet 1911. Son père, Jules Choisy est décorateur. Il est maintenant sur le front. Sa mère, Yvonne Gris est originaire de Poitiers.

La famille Choisy habite le même immeuble que Germaine, qui garde Paulette de temps en temps.


22/09/1915 : Lorsque j’ai rencontré Madeleine, j’avais avec moi une petite fille de cinq ans. Nous avons bien ri car tous les vendeurs me demandaient : « Madame désire ». Madeleine se moquait de moi à plaisir. Sans doute que ce jour-là je paraissais plus vieille que de coutume.

29/09/1915 : J’ai en ce moment mon diablotin de cinq ans qui ne sait que faire pour m’embêter. Elle est grimpée sur une chaise et me souffle dans la figure ce qui commence à m’énerver. Tout à l’heure, je regardai par la fenêtre, elle m’a enfermé et je suis restée prisonnière sur le balcon. Ce qui la faisait mourir de rire. Quel diable ! Heureusement que je ne l’ai pas souvent.

12/05/1916 : Je t’écris sur mon genou au Jardin des Plantes où je suis avec mon bon petit diable, qui de plus en plus te trouve tout plein gentil et te prends toujours pour mon père. Elle me voit écrire et voudrait faire des cocottes sur mon papier, la seule richesse que je possède en poche. Aussi, il faut voir les coups de pieds que je reçois. Excuse l’écriture, c’est un vrai travail d’écrire avec un diable.

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24/05/1916 : Je termine mon mot bien court pour aller promener mon petit diable.

13/06/1916 : Cet après-midi, j’avais mon diable qui ne me laissait pas tranquille. C’est de sa faute si je suis arrivée en retard chez Loulou.

26/06/1916 : En ce moment, j’ai mon diable qui m’agace, je lui ai promis de la photographier, aussi ce n’est pas rien de la tenir tranquille pour que j’écrive.

10/07/1916 : Je suis en ce moment à t’écrire en compagnie de mon petit diable Paulette. Elle est assise à côté de moi au bureau et comme elle n’est pas assez grande sur sa chaise, elle a été se chercher un coussin qu’elle a plié en quatre. Elle écrit parait-il à son mari. Je ne sais si sa lettre est intéressante ; toujours est-il que j’ai la paix en ce moment. Tu ne t’imagines pas que tout à l’heure, il a fallu la coiffer comme moi, avec un chignon, lui mettre des épingles comme pour une dame dit-elle, et ce n’est pas tout, elle a voulu de la poudre de riz, mon chapeau avec une voilette, ma jaquette, mon sac, mon sautoir et ma fourrure. J’aurai voulu que tu la voies, c’était mourant. Elle était très contente. Elle voulait que je la sorte dehors. Tu vois d’ici le tableau ! Voilà comme j’ai passé mon temps depuis déjeuner. Je suis je crois aussi gosse qu’elle.

18/07/1916 : Cet après-midi, j’ai été promener Paulette.

24/07/1916 : Mon diable de Paulette est presque fâchée avec moi, elle ne veut plus venir à la maison. Ce matin, elle n’a pas été gentille avec moi, aussi comme pénitence, je l’avais mise dans un coin derrière la porte. Elle s’est mise à crier tant et si bien qu’elle a piqué une crise de nerfs et je ne savais plus quoi en faire. Pour la consoler, il a fallu que je lui donne un tas de bijoux pour faire la dame. Malgré tout, nous ne sommes plus bonnes amies.

31/07/1916 : Heureusement que j’ai ma petite Paulette qui vient me distraire, sans quoi je crois que je m’ennuierais. Elle ne m’en veux plus, au contraire, elle n’a jamais été aussi gentille avec moi. L’autre jour, son grand amusement a été de me repriser mes bas. Les plus troués lui plaisaient le plus et c’est toute heureuse qu’elle me les apportaient. Elle m’a fait du joli travail ce jour-là. Je l’ai photographiée dernièrement et j’ai eu la chance de la réussir ce qui m’a fait rager, puisque toutes celles que nous prenons ensemble sont ratées.

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11/08/1916 : En ce moment, je vais m’amuser avec ma pauvre petite Paulette qui a attrapé la rougeole. Pauvre petite gosse ! Elle est si contente de me voir.

17/08/1916 : Comme distractions maintenant, il me reste ma petite Paulette. Hier, j’ai été passer ma matinée près d’elle. Je lui découpe des images, ce qui l’amuse beaucoup. Mais ce qu’elle aime le mieux, c’est que je l’enveloppe dans une couverture et que je la promène chez elle. Vois d’ici l’amusement. Je joue à la poupée comme une vraie gosse et je raconte de belles histoires de fées. Aussi, lorsque vient l’heure du départ, c’est une vraie comédie et il faut chercher mille ruses pour sécher les larmes. Pour Paulette, ce n’est pas dix-huit ans que j’ai, mais au moins six ans. Pense, je suis sa fille ! Un vrai bébé quoi ! Et il faut voir avec quelle patience je me laisse faire. Je suis tout à fait dans mon rôle. Quelle gosse je suis de te raconter tout ça, tu vas certainement dire que je suis une fiancée plutôt enfant !

22/08/1916 : Ma petite Paulette est guérie, elle est sortie hier pour la première fois. Elle va sans doute partir en Bretagne se remettre tout à fait.

23/10/1916 : Je t’écris en compagnie de Mlle Paulette, ce qui n’est pas une petite affaire. Elle est assise à coté de moi et m’envoie de vastes coups de coudes et de grands coups de tampon sur le bureau. Elle recopie son nom, aussi elle trouve qu’il n’y a pas assez d’encre. Depuis qu’elle est rentrée, elle s’est empressé de revenir me rendre de petites visites. Ce qui me distrait toujours un peu. Pour t’écrire ces quelques lignes, elle m’a déjà tiré le coude au moins vingt fois, afin que je regarde les dessins qu’elle barbouille. Je vais terminer cette lettre car je crains que l’encrier valse dessus.

24/10/1916 : Heureusement que Paulette n’est pas venue tantôt, car avec ma tête, je sens que je n’aurai pas eu grande patience. Hier, elle trouvait que la photo que j’ai dans ma bague me ressemblait beaucoup. Vaguement je trouve !

29/10/1916 : Mon pauvre petit Lou, tu m’excuseras, mais hier je ne t’ai pas écrit, comme je ne dois pas sortir, je n’avais personne auprès de moi pour porter ta lettre. J’ai bien eu un peu Paulette, mais cette pauvre gosse, je n’aurai pas osé l’envoyer. Figure-toi que cette demoiselle, lorsqu’elle a su que j’avais la grippe, n’a plus voulu rester auprès de moi, elle s’est sauvé le dire à sa maman. Elle avait peur de l’attraper. Elle a très bien fait et je ne lui en veux pas pour ça, car ce n’était pas très prudent.

05/12/1916 : Hier, j’oubliais de te dire que j’ai eu la visite de Paulette. Elle m’a apporté une gerbe de fleur aussi grande qu’elle. Elle m’a tenu compagnie une partie de la soirée. Et m’a cassé la tête avec ce que le Père-Noël lui apporterait. Pauvre gosse, il lui apportera sans doute rien cette année, son papa n’étant pas là !

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26/01/1917 : J’ai eu mon diable de Paulette qui n’a fait que me faire enrager. Figure-toi que cette demoiselle n’a fait que de parler de toi. Elle a le béguin pour toi. Elle m’a dit : « Il est joliment gentil votre « fiançaille », il me plait beaucoup, je vous le chiperai. Malgré tout, je vous permettrai de l’embrasser. » En parlant d’elle, voici la couturière qui me l’amène, Mademoiselle pleure parce qu’on ne veut pas la laisser venir à la maison. À présent, elle est installée à côté de moi et écrit aussi. Comme de bien entendu, elle a deviné à qui j’écrivais. Aussi, elle vient de me prendre par le cou et de me dire à l’oreille : « Disez moi ce que vous écrivez. Lorsque vous aurez fini, lisez-moi-le. Après, écrivez : « Mon cher fiancé, je vous adore. » Je vous fais rire Mlle Germaine, ça vous remonte les idées, voyez. » Elle me souffle : «Ecrivez : Je t’adore éperdument, mon petit mari.» Quel numéro ! Je n’ai pas envie de rire, mais je suis forcée. Aussi, elle continue : «Ecrivez des petites mamours etc….», ça n’en fini plus. C’est vrai, elle me dit qu’elle me remonte les idées. Je le crois avec toutes ces petites histoires, elle m’intéresse. Toi, tu l’occupes beaucoup en ce moment. Elle a rêvé de toi cette nuit. Tu étais chez nous, tu m’embrassais et tu avais oublié de la regarder, aussi elle n’était pas contente. Quelle gosse ! Elle est vraiment amusante. Tu ne feras pas attention à l’écriture, avec une voisine ce n’est pas commode d’écrire proprement. Elle me cause tout le temps et me pousse le coude. Elle me répète encore : « Je vous remonte les idées. » Moi, je vais la remonter chez elle, car il faut que j’aille à la poste et comme elle est enrhumée, il ne faut pas qu’elle sorte. Aussi, il a fallu promettre que je retournerai la chercher à mon retour.

27/01/1917 : Aujourd’hui, je peux t’écrire à tête reposée, je n’ai pas mon petit ver de Paulette. Hier, elle n’est pas restée une minute en place, le temps que je t’écrivais. Je ne sais même pas ce que je t’ai écrit. Aujourd’hui, si elle savait que je suis à la maison, elle serait déjà descendue. Elle est bien gentille, mais je n’aime pas qu’elle soit là lorsque je fais ma correspondance. Ce qu’il y a de mieux, c’est que sa mère me l’envoie lorsqu’elle fait la sienne.

07/05/1917 : Mademoiselle Paulette est furieuse de voir passer tes parents dans leur voiture. Elle trouve qu’ils ont du toupet de s’en servir : « Cette auto étant au fiançaille de Mlle Germaine, elle lui appartient aussi pourquoi que ses parents s’en servent. » Il n’y a rien a lui faire comprendre, tant ça déplait à cette demoiselle, c’est vraiment fâcheux !

09/05/1917 : Tu ne t’étonneras pas de trouver ci-joint mon soi-disant portrait. C’est signé Paulette. Mais il n’y a que le P- qui figure, le reste, c’est du dessin. Rien qu’en voyant l’ensemble, on devine d’auteur. Cette demoiselle est près de moi, aussi pour la faire tenir tranquille pendant que j’écris, c’est assez difficile. J’ai imaginé de lui faire faire des dessins. Aussi l’idée lui a plu. Et comme elle se doute à qui j’écris, elle m’a tout de suite dit : « Je vais vous faire votre portrait que vous mettrez dans votre lettre, comme votre fiançaille va être content. Il va croire vous voir en ouvrant la lettre. » C’est enfantin, mais c’est gentil. Malgré tout, sans te dire qui ça représente, je crois que tu aurais du mal à mettre un nom sur ce pantin. Heureusement pour moi que je n’ai pas les gentilles petites oreilles !!! Il y en a comme ça une douzaine, mais je me dispense de te les envoyer. Celle là, je te l’envoie pour te faire rire et pour ne pas vexer l’artiste qui regarde si je vais bien la mettre dans ma lettre. Elle n’oublie pas de me pousser le coude de temps en temps. Enfin, ça me distrait un peu, mais pas lorsque j’écris !!! Sa mère avait le cafard et pleurait à chaudes larmes, aussi je n’ai pu faire autrement de l’emmener. Je te quitte car elle commence à devenir remuante.

12/07/1917 : Ce matin, ma petit Paulette est venue me tenir compagnie. Nous avons été faire le marché ensemble, aussi elle était très contente. Sa maman est en grand déménagement, c’est pour ça que je la garde. Tantôt, elle ira chez la couturière car je ne peux pas l’emmener. La semaine prochaine, elle doit s’en aller avec son Papa qui vient en permission demain.

24/07/1917 : Ce matin, mademoiselle Paulette est venue me tenir compagnie, maintenant que la couturière est partir, c’est ici qu’elle va élire domicile. Nous avons été au marché ensemble et elle m’a aidé à préparer le déjeuner. Tu vois d’ici l’aide que ça fait. Enfin, elle me distrait un peu, elle est tellement drôle ! Elle devait partir Dimanche dernier avec son papa qu’était venu passer 8 jours à Paris, mais sa mère est obligée d’attendre un de ses frères qui doit venir en permission chez elle. Aussi, elle partira que dans une huitaine, pendant ce temps, Paulette sera tout le temps à la maison. Tantôt, si je ne lui avais pas dit que je ne serai pas là, elle serait déjà descendue. C’est un bon petit diable !

26/07/1917 : Je viens de te quitter cinq minutes. Paulette et sa maman viennent de venir me dire un petit bonjour en descendant.

27/07/1917 : Tantôt j’ai promis à Paulette d’aller au bois de Vincennes avec elle et sa maman. Aussi, elle est folle de joie. C’est à peine si elle a voulu monter déjeuner chez elle. Il fallait partir tout de suite. Ça ne me plait pas plus que ça de sortir, il fait bien chaud et je m’étais promis de bien travailler tantôt. Je m’étais donnée une tâche, aussi cela me fait mal au coeur de perdre mon temps. Enfin, cela me fera prendre l’air un peu, ça fait deux jours que je suis restée enfermée.

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31/07/1917 : Ce matin, j’ai reçu une autre mignonne lettre du 29, apportée par ma petite Paulette. Elle est mignonne cette gosse. Sa maman l’avait envoyée demander à la concierge s’il y avait une lettre de son Papa. Il n’y avait rien. Mais elle ne m’a pas oubliée et a demandé : « Et pour Mlle Germaine, il y a t-il quelque chose ? » En effet, et c’est comme ça que j’ai eu ta gentille lettre.

08/08/1917 : Ce matin, j’avais Paulette. Cette demoiselle est fort remuante, aussi, impossible d’écrire.

09/08/1917 : J’étais avec Paulette ce matin. Elle trouve que Travet te ressemble. C’est le costume qui lui fait dire ça ! Il est habillé pareil que toi. Elle ne l’a pas quitté des yeux une minute. Elle me tirait tout le temps le bras pour ne pas le perdre de vue. Enfin, il a a sauté dans le tram de la République et elle était désolée de ne plus l’apercevoir. « Si c’était votre fiancé, qu’elle me disait, ce que vous seriez contente, dis !!! » Paulette me dit tu et vous ensemble. Ainsi, elle me dit souvent : « Mademoiselle Germaine voulez-vous me donner ça s’il te plait. » Elle est très drôle. Son oncle est arrivé en permission, aussi elle me délaisse facilement. C’est que lorsqu’elle a dit : « Mon Tonton Marcel », elle a tout dit.

09/08/1917 : En arrivant, je n’ai même pas reconnu la mère de Paulette qui montait dans l’escalier. Elle a tout de suite dit : « Mais c’est Mademoiselle Germaine ! Elle demeure ici. Attendez, je vais lui ouvrir sa porte. » Elle m’a mise ensuite sur mon lit, j’étais sauvée (…). Après, mon père est rentré et bien mon chéri, il ne s’est pas plus occupé de moi que si je n’existais pas. Il a trouvé drôle de me trouver couchée et la mère de Paulette à mon chevet, mais c’est tout. Madame Choisy, craignant de le déranger est partie et ma foi, je suis restée seule (…) Ensuite, Mme Choisy est venue passer l’après-midi près de moi.

28/10/1917 : J’étais à peine rentrée chez elle que la mère de Paulette se met à crier : « Mademoiselle Germaine, j’ai vu votre fiancé ! » Tu vois d’ici ma tête ! J’étais toute interloquée et déjà désolée à la pensée que tu ne m’avais pas trouvé à la maison. Je suis devenue rouge comme une pivoine et je lui ai dit : « Il est venu tantôt ? A quelle heure ? » Là dessus, elle se met à rire et elle me répond : « Mais non, je l’ai vu en photographie, boulevard Voltaire ».

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Je ne sais pas ce que je lui aurais fait !!! Je me suis mise à pleurer !!! Je ne pouvais plus m’arrêter ! Vraiment, ce n’était pas très intelligent de sa part. Elle m’a dit : « Si j’avais su, je ne vous aurais rien dit, je ne vous croyais pas si susceptible. » Elle aurait pu tout au moins me le dire autrement et non pas de cette manière. En ce moment, elle fait des tours comme ça à tout le monde. Nous ne sommes pourtant pas cause si son mari n’est toujours pas nommé sous-lieutenant.

29/10/1917 : Tantôt, j’ai promis à ma petite voisine d’aller la voir un peu.

08/02/1918 : Monsieur Choisy, le père de Paulette est parti hier soir pour la Tunisie. Tu vois d’ici la tête de sa femme ! Je crois qu’à présent elle regrette un peu la nomination. En plus de ça, elle se plaint, elle est à moitié folle. Moi je trouve qu’elle n’a pas à se plaindre. Son mari aurait très bien pu partir sur le front. Tandis que là-bas, il sera en sécurité, il n’y a que la traversée qui est dangereuse, mais à part ça ! Si elle veut, je peux lui proposer ta place et tu prendras celle de son mari en échange. Moi, ça ne me déplairait pas du tout et je ne ferais pas tant la difficile. On se marierait bien vite et je partirais avec toi. Là-bas, on est payé double et la vie est bien moins chère. Elle l’a cherché, elle n’a que ce qu’elle mérite, na !!! J’ai dit na. N’est-ce pas petit ?

28/03/1918 : Il y a des gens qui s’en vont rien que de voir les autres partir. Mlle Raymonde part. Mme Choisy aussi. Eh bien moi, ça me ferait bien mal au coeur de partir. Je ne voudrais pas que l’on me prenne pour une froussarde.