Giflée pour un baiser refusé

portraitAujourd’hui, pour le deuxième épisode de #RMNA, c’est encore Germaine, 20 ans en 1918, qui va prendre la plume.

Germaine écrit tous les jours à son amoureux Lucien, qui est aviateur. Ces lettres sont publiées sur le site www.a-lucien.fr

Avec 100 ans d’avance, Germaine va parler d’harcèlement de rue… et va balancer son porc, un conscrit de 1919, qui va la gifler pour un baiser refusé !


21/02/1918 : Eh bien tu sais, ta gosse, hier, a été bien arrangée ! En allant chez ta tante, j’ai été giflée par un conscrit, avenue Jean Jaurès. Je passais bien tranquillement sur le trottoir, lorsqu’une bande de conscrits, mais des sales types, se sont approchés de moi. Pour les éviter, je marche sur le bord du trottoir, l’un d’eux se détache du groupe et m’attrape par le cou, pour m’embrasser. Je le repousse violemment avec les mains et dame, la secousse étant forte, il me lâche. Mais au même moment, il m’a allongé une de ses gifles, j’en ai vu trente-six chandelles. Quelle claque, je crois que je n’en ai jamais reçue de pareille de ma vie. J’en aurais pleuré. Je lui ai rendu, mais pas si fort car je n’ai pas tant de force.

Tu crois que quelqu’un aurait pris ma défense ? Eh bien non, les gens qui assistaient à cette scène se roulaient. Tu comprends, c’était très drôle de voir une personne en toilette recevoir une claque de la main d’un sale type, pour un peu, il se seraient mis de son côté. Lorsque j’ai vu ça, j’ai traversé et pris une petite rue qui arrive près de la rue Cavendish. J’étais vexée, comme tu ne peux te l’imaginer. Je suis arrivée chez Madame Liotard, j’avais la marque des doigts sur ma joue, il n’y avait pas été de main morte.

Gabrielle a été pareillement ennuyée le matin. Ceux-là voulaient absolument qu’elle leur donne de l’argent. Pour s’en débarrasser, elle leur a donné 2 tickets de métro. C’est à être dégoûtée de sortir. On est même pas tranquille en plein jour. Qu’est-ce que cela doit être le soir. Ceux de la classe 19 se croient tout permis. Ceux de la classe 18 n’étaient pas comme ça. Enfin, c’est la guerre !

harcèllement


Quelques jours plus tard, Lucien a réagit à cette histoire. Germaine lui répond.

26/02/1917 : J’ai reçu hier soir ta mignonne lettre du 23. Mon pauvre Loul, si j’avais su que la scène de l’autre jour te retourne à ce point là, je ne te l’aurais pas dit. Je savais fort bien que tu allais être très mécontent, mais de là à te donner le cafard, je n’y pensais pas du tout. Qu’est-ce que tu veux, mon pauvre Loul, il faut en prendre son parti. Il y aura malheureusement toujours de sales gens sur terre. Aussi, maintenant, lorsque je vois une bande de conscrits de loin sur le même trottoir que moi, j’ai vite fait de traverser.


L’année précédent, Germaine relatait un épisode de « drague lourde », alors qu’elle attendait une amie dans le métro. Mais le soldat avait fini par partir de lui même.

30/04/1917 : Tu sais, je t’avais dit que nous avions rendez-vous à la Concorde. Je devais prendre Marie-Louise au passage, ou si elle n’était pas là, l’attendre sur le quai. Hier, c’est moi qui ai fait le légume pendant près d’une demi-heure dans la foule ! Dans ce tunnel, il faisait une chaleur étouffante et pour comble de bonheur, voilà un soldat qui me fait du plat.

plat dans le metro

Je ne savais plus où me mettre afin de ne plus entendre ses boniments. Enfin, il avait l’air de me trouver à son goût. Marie-Louise qui n’arrivait toujours pas. Et toujours mon crampon qui ne me lâchait pas d’une semelle, enfin, voyant que je ne répondais pas à tout ses compliments, il s’est décidé à monter dans le métro qui passait. C’était le troisième ! Faut croire qu’il était peu pressé.