Samuel Hood

Les Sevette ont rencontré le lieutenant canadien Samuel Hood au Mesle-sur-Sarthe en août 1918. M. Sevette l’invite à venir les visiter à Paris, ce qu’il fera en octobre. Il est alors devenu Capitaine.

L’armée canadienne a été mobilisée dans les forets françaises, notamment dans l’Orne, pour fournir le bois nécessaire à l’effort de guerre.


12/08/1918 : A déjeuner, nous avons eu un lieutenant canadien qui nous a fait rire comme des fous. Nous en étions malades (…) Le canadien était là à dîner, il nous a encore bien fait rire. Il nous a invité à aller déjeuner dans son camp qui se trouve à 4km d’ici. Nous serons servis par des noirs et nous mangerons de la cuisine noire. Cela va être tordant. Nous nous faisons une fête d’y aller.

14/08/1918 : Hier soir, le lieutenant Canadien est venu nous voir (…) Nous avons encore bien ri ! Je voudrais que tu sois là, mon Loul, tu en serais malade de l’entendre ! Il nous a fait des imitations de « petit oiseau » et de « petite moutonne ». Nous en sommes malades (…) Le lieutenant est beaucoup plus gentil et surtout beaucoup plus distingué que le Capitaine. Il nous a invité à aller passer nos vacances au Canada (…) Il a bu hier à notre prochaine union. Il est très gentil. Il nous a dit qu’il avait le cafard. « Pas vu mon femme depuis 2 ans, c’est long. » En effet, je comprends ça. Il nous a montré sa photographie ainsi que celles de ses enfants, un petit garçon et une petite fille. Il ne retournera chez lui qu’une fois la guerre finie. Aussi, il s’ennuie beaucoup. M. Sevette l’a invité à venir à Paris. Aussi il est très content.

 15/08/1918 : Nous allons certainement boire un peu de liqueur de dame. Hoh ! lolo ! (prononciation du lieutenant canadien). Nous ne pouvons plus dire 2 mots sans ajouter hoh lolo !!!

04/10/1918 : Le capitaine Hood est arrivé ce matin à déjeuner (…) Le capitaine est désolé de ne pas t’avoir vu. Il m’a bien recommandé de te dire qu’il était venu en permission avec l’espoir de monter avec toi. Aussi, il n’a pas manqué de dire : « Quelle mauvaise chance ! »

05/10/1918 : Nous avons eu la visite du capitaine Hood. Ça été la grande surprise car il ne nous avait pas prévenu. Il est arrivé à 10 heures en taxi et a trouvé ton père qui était justement dehors. Comme il était occupé à donner des ordres, il nous a appelé Suzanne et moi afin que nous descendions lui tenir compagnie au salon. Suzanne n’était pas prête. Heureusement, je venais de finir de m’habiller, je n’avais plus qu’à me chausser. Ça fait que je suis descendue presque aussitôt tenir compagnie au « Capitaine ».
Lorsque je lui ai dit que tu étais reparti, il étais désolé. Il m’a dit : « Est-ce loin ? Oh ! oui ! à 500km. » Alors j’aurais voulu mon tout petiot que tu voies sa tête. C’était roulant. « Alors je ne monterai pas encore cette fois-ci ! Moi qui espérais tant en venant en permission avoir ce plaisir. Vraiment, j’ai mauvais chance ! »
Nous avons bavardé plus d’une heure. Il m’a raconté qu’il était en permission, qu’il en avait passé la moitié en Angleterre et en Ecosse, chez les parents de sa femme. Que les Anglais étaient toujours aussi froids ! Qu’il en avait attrapé un rhume de cerveau tellement il se trouvait dans la glace.
Il est ici jusqu’à Lundi soir. Je lui ai montré tes grandes photos de chez Manuel. Il les trouve épatantes ! Il a pris l’adresse pour y aller se faire photographier, afin d’en envoyer à sa femme !
(…) Le capitaine a fait de la musique et a chanté. Il y avait justement Georgette. Aussi, ils ont beaucoup causé en anglais. Le capitaine est revenu avec nous dîner à la maison. Quelle n’a pas été notre stupéfaction en apprenant à notre retour que l’autre capitaine de son camp était aussi venu le tantôt. Il avait dit à Nounou qu’il reviendrait le soir mais il a manqué sa promesse car nous n’avons vu personne.
Comme le capitaine savait où le retrouver, il est sorti avec ton père qui l’a piloté. Ils se sont rencontrés à la gare St-Lazare. Il parait que le Cp. Hood a donné une bonne volée à l’autre. Quel type ! Il doit revenir dîner Dimanche.
Il n’y a qu’avec le petit de Jeanne  qu’il n’était pas camarade. Pourtant, que de bêtises il lui a fait. Il faisait absolument le clown. Il n’y a que sur le soir que le ménage allait mieux. Il lui avait donné une belle pièce anglaise. Aussi, comme cela lui avait fait plaisir, il lui donnait la main dans la rue.

07/10/1918 : Hier soir, nous avons eu le Capitaine à dîner. Loulou était venue aussi. Je ne sais pas ce qu’elle avait hier, elle était remontée, elle n’a dit que des bêtises. Nous en étions malades. C’est décidé, après la guerre, le Capitaine se marie avec elle. Ça lui fera une femme en France et une au Canada. Il ne veut pas qu’on l’appelle capitaine, mais seulement par son prénom, il trouve que cela est plus amical. Alors on l’appelle M. Sam (diminutif de Samuel ). Ton père l’appelle Sam tout court. C’est très amusant. Nous avons fait un peu de musique après le dîner. Il chante tellement fort que le petit de Jeanne se bouchait les oreilles !!! Nous nous sommes couchés très tard, 11h½.