Mon Médaillon

30 Janvier 1915
J’ai trouvé dans l’enveloppe écrite par le sergent des effilochures rouges qui doivent provenir de tes galons, aussi je les ai mises précieusement dans un petit médaillon, que je porte à mon cou. Ce médaillon contenait auparavant un de tes cheveux que je t’avais pris un soir à Cayeux dans la cabine Gaston ; mais que j’ai perdu il y a trois mois. Voici comment ce petit malheur est arrivé : je voulais mettre ma photo dans ce médaillon aussi j’avais retiré ton cheveu et je l’avais déposé sur la table, mais lorsque j’ai voulu le remettre, plus rien. Le tapis de la table étant foncé, je n’ai rien retrouvé à mon grand regret, car j’y tenais beaucoup puisque c’était moi-même qui te l’avais arraché, entre deux baisers.

02 Avril 1915
Cette photo me plait beaucoup et je te remercie d’avoir exaucer un de mes plus chers désirs. Si tu m’en envoies une seconde, je découperai la tête de celle-ci et je la ferai mettre dans un médaillon, à moins que cela ne te plaise pas.

14 Avril 1915
J’ai reçu aussi dans une de tes lettres une deuxième photo qui m’a fait grand plaisir. Je vais pouvoir réaliser un de mes plus chers désirs. Te porter dans mon médaillon à mon cou avec ma photo de l’autre coté.

17 avril 1915
J’ai maintenant le médaillon tant désiré avec les deux photos, la tienne et la mienne. Mon petit Loulou ne me quitte plus, il est constamment dans mon cou, caché aux regards de tous. Je préfèrerais à beaucoup près que ce soit le Loulou en chair en en os qui soit à la place. Je ne désespère pas de les avoir un jour tous les deux.

09 Août 1915
Hier il m’est arrivé une aventure des plus drôles. J’étais invitée ainsi que mon père à déjeuner chez Madame Peuvrel mon ex-gardienne à Cayeux. Figure-toi qu’à table je tremble le treize qui est après mon bracelet c’est à dire notre treize dans mon assiette. Aussitôt Mme Peuvrel me fait remarquer que cette breloque serait beaucoup mieux à ma chaine de cou ; et sans plus se gêner elle tire sur ma chaine. Tu parles quel saut en arrière j’ai fait. De là, très intriguée, elle insiste. Moi je refuse et nous en restons là. Mais je trouve un moment pour m’éclipser et je défais prestement mon médaillon que je mets dans la poche de ma ceinture. De là je reviens la trouver dans sa chambre et je lui propose de l’aider à mettre ses bottines. Je suis donc forcée de me baisser. Elle là dessus, sans me prévenir, attrape ma chaîne : juge sa tête. Quelle déception ! Je me suis bien amusée à bon compte. Voilà ce que c’est d’être trop curieux.

02 Octobre 1915
Je te remercie infiniment de ta délicieuse petite pensée. Je la garderai précieusement en souvenir des quelques moments de tranquillité, que tu as eu dans ton ancien secteur.
J’ai envie de la mettre dans mon médaillon. J’enlèverai ma photo ou plutôt je me blottirai dessous. C’est à dire que je laisserai ma photo et que je mettrai ta mignonne pensée dessus.

 07 Mars 1916
J’ai facilement deviné à la place de quelle photo tu voudrais être, cette fois-ci. L’autre jour, je n’y ai pensé qu’après avoir écrit. Je comprends pourquoi tu me disais « pas les dernières ». En effet, elles sont un peu trop grandes. Cette place que tu envies tant, mon petit chéri, est, et ne sera que toujours pour toi. Après s’être faite attendre, elle en sera que meilleure, n’est-ce pas mon chéri ?