Un poilu dévoré par les ours

Le 9 octobre 1918, Henri Pestourié, un soldat de 25 ans, profite de son dernier jour de permission pour aller visiter le Jardin des plantes avec sa bonne amie, Mlle Dubreuilh. Afin d’être plus léger, il dépose au préalable son barda chez un ami marchand de vin.

ours blanc

Devant les ours, Henri fait tomber son couteau dans la fosse. Courageux et inconscient du danger, il descend dans la fosse pour le récupérer. Les deux ours l’attaquent, devant une centaine de spectateurs. Des gendarmes cyclistes et des soldats américains interviennent, tirent sur les ours et récupèrent Henri Pestourie, qui ne survivra pas à ses blessures.

echo paris fosse aux ours

- Au Jardin des plantes, un soldat est dévoré par les ours (Le Petit Parisien, 10/10/1918)
- Dans la fosse aux ours (L’Echo de Paris, 10/10/1918)
- Un soldat dévoré par les ours au Jardin des plantes (Le Petit Journal, 10/10/1918)
- Un poilu tué par les ours du Jardin des plantes (Le Journal, 10/10/1918)

Il est amusant de comparer les différentes versions des journalistes : l’ours est soit brun, soit blanc, le poilu tantôt ivre, tantôt fou, tantôt courageux, Mlle Dubreuilh est alternativement son amie, sa compagne, sa femme, son amante et les secouristes sont gardiens, agents cyclistes ou soldats américains. Henri serait mort sur le coup, dans l’ambulance ou au Val-de-Grâce….

Trois jours plus tard, Germaine relate ainsi ce fait-divers :
12/10/1918 : J’ai traversé le jardin des Plantes et je suis passée devant la fosse aux ours où a été dévoré ce pauvre poilu ces jours derniers. Je ne sais pas si tu l’as lu, c’était sur les journaux. Il y avait beaucoup de monde. Et la fosse où a eu lieu l’accident était barrée. On ne pouvait approcher. Le gardien disait : « Il est en train de mourir. » C’était de l’ours qu’il parlait. On lui a tiré tellement de coups de révolver qu’il est bien amoché ! Quelle idée, quand même, d’avoir voulu aller ramasser son couteau dans la fosse aux ours. Il était un peu malade, ce pauvre garçon. »

Au début du XXe siècle, les règles de sécurité du Jardin des plantes n’étaient pas aussi strictes que maintenant. Dans l’ouvrage pour enfants « Un dimanche au Jardin des plantes » (1910), on conseille aux enfants d’apporter de la confiture bien sucrée pour offrir aux ours avec une cuillère en bois.

ours - cuillet bois

En 1890, la presse relate l’arrivée de deux ours blancs au Jardin des plantes. Mais est-ce ceux qui ont tué Henri ?
- Les nouveaux ours blancs du Jardin des plantes (La Science illustrée, 29/11/1890)
- Nouveaux ours blancs au Jardin des plantes (Le Chenil, 25/12/1890)

Henri Pestourie n’est pas la première victime des ours du Jardin des plantes. En 1869, le Petit Journal  raconte des « histoires lugubres histoires » autour de cette fosse.

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L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais ce fait-divers a indirectement permis à la police de démanteler un réseau de voleurs.

Après le décès d’Henri, ses parents souhaitèrent récupérer le barda de leur fils décédé. Mais Mlle Dubreuilh l’avait déjà récupéré chez le marchand de vin. Les parents portèrent plainte contre la voleuse… qui s’empressa d’accuser la famille Pestourie de vol et recel.

Après enquête, 22 personnes sont arrêtées, dont les parents et les trois frères d’Henri. Elles sont inculpées pour vol, recel, recel de déserteurs, désertion, aide à la désertion, pillage et trafic de faux-papiers.
- Comment deux ours ont amené vingt-deux arrestations (Le Petit Parisien, 02/11/1918)
- Les suites imprévues d’une mort dramatique (Le Petit journal, 03/11/1918)
- Arrestation d’une bande de voleurs (Journal des débats politiques et littéraires, 03/11/1918)
- On arrête une bande de voleurs (Le Journal, 02/11/1918)
 - Les voleurs volés (Le Matin, 02/11/1918)

En janvier 1919, le Tribunal condamnera la dame Dubreuilh à 3 mois de prison ferme et Raoul Pestourie à 6 mois avec sursis.
- Le drame du Jardin des Plantes (Le Journal, 19/01/1919)
- Dans la fosse aux ours (Le Petit parisien, 19/01/1919)

Un des trois frère d’Henri, Louis (alors âgé de 17ans) avait déjà été arrêté pour vol douze ans plus tôt.
 - La Sureté opère (Le XIXe siècle, 30/12/1904)