C’est bien malheureux de gâcher ainsi sa jeunesse

Le 13 Novembre 1917

Petit Loul chéri,

J’ai reçu hier soir ta mignonne lettre du 10. En effet, cela n’est vraiment pas de chance que tu sois parti à Verrines Dimanche. Comme tu le pensais, tu as du voir que je t’ai attendu et dame, ne te voyant pas venir, j’ai eu le gros cafard.

J’espère que pour Dimanche prochain, tu seras de retour au Plessis et que tu pourras t’absenter un peu.

Ton camarade est en effet bien veinard d’avoir sa femme comme ça près de lui. C’est moi qui voudrais bien être à sa place. Je me demande si j’aurai un jour ce bonheur. En tout cas, c’est bien long à venir. Comme me disait Monsieur Delcroix hier : « C’est bien malheureux de gâcher ainsi sa jeunesse. » Quand est-ce que ça finira !!! Tout le monde en a assez.

Ce pauvre homme est parti hier soir avec un de ces cafards ! J’ai été avec sa femme, sa belle-soeur et Mlle Raymonde l’accompagner à la gare. Son train était à 22h et quelque chose. J’avais demandé la permission à mon père qui l’a accepté. Au moment de quitter sa femme, il s’est mis à pleurer. C’était navrant. Ils ne pouvaient plus se séparer. Malgré moi, je n’ai pu m’empêcher de pleurer aussi, c’était si triste. Cela me rappelait les fois, combien nombreuses !!! où nous nous quittions.

Enfin, nous sommes arrivées à emmener Mme Delcroix hors de la gare. Là, je crois que toutes quatre nous pleurions. Nous sommes rentrées par le métro. A 11 heures, nous étions à la maison. Je me suis couchée avec un de ces cafards ! Ce matin, ça va mieux, mais je crois qu’en ce moment, il m’en veut.

Tantôt, pour me remettre, je vais voir celle pauvre Madame Schwab. Il est déjà 2h, aussi je te quitte bien vite, car je vais arrive tard.

En espérant que tu es toujours en bonne santé, je t’envoie mon Loul mille fois chéri les plus douces cerises de celle qui s’ennuie tant loin de toi,

Mino

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