Il faut savoir se résigner

Le 12 Novembre 1917

Mon tout petiot chéri,

J’ai reçu tout à l’heure, avant de déjeuner, ta mignonne lettre du 9. Je vois, pauvre petit Loul, que toi aussi tu espérais bien venir hier. Malheureusement, j’ai reçu la lettre mais je n’ai pas eu la petite visite. J’aurais préféré la dernière. Enfin, il faut savoir se résigner. Aujourd’hui, je suis plus raisonnable qu’hier, j’ai un peu moins le cafard. J’espère maintenant te voir Dimanche et je vais patienter avec cette idée jusqu’à ce jour. Si tu viens pas, dame, ça ne marchera pas tout seul, mais en attendant, je vais vivre dans l’espérance.

Hier, je suis tout de même sortie avec Germaine. Mon chapeau ne lui allait pas, aussi nous avons été obligées d’aller en acheter un. J’avais une triste tête. Je n’étais pas du tout au chapeau, mais au Plessis-Belleville et je pensais combien tu devais t’ennuyer. Aussi Germaine me disait tout le temps : « Il me semble que vous êtes dans les nuages. »

Monsieur Delcroix vient de me faire appeler. Il avait des petits renseignements à me demander à propos photo. Je viens de descendre. J’ai remonté des plaques à mettre au soleil, chez eux, il fait très sombre. Et comme il part ce soir, il voudrait emporter la photo de sa femme. Quel cafard elle a, la pauvre ! Je crois qu’il est descendu d’un étage !

luminor

Sur ce petit Loul, je te quitte.

En espérant que tu es toujours en bonne santé, je t’envoie mignon chéri, les meilleures tendresses de ta petite gosse qui t’adore,

Mino

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