Demande en mariage

Le 25 Juin 1918

Mon petit Loul chéri,

J’ai reçu ta mignonne du 23 qui m’a remplie de joie. En effet, mon Loul, cela serait le plus simple. Je suis entièrement de ton avis, mais j’ai peur que tes parents ne soient pas du nôtre. Autant faire que d’être chez toi, j’aimerais autant y être comme ta femme que comme ta fiancée, ça serait plus naturel, et ça me gênerait moins. D’un autre côté, mon père ne pourrait m’empêcher de rester à Paris. Je ne dépendrais plus de lui, mais entièrement de toi.

Oh ! mon Loul chéri, c’est trop beau ! J’ai peur que ça ne réussisse pas. Comme de bien entendu, si cela se faisait, j’irais près de toi et comment !!! Partout où je pourrais te suivre, je resterais près de toi. Ça, ça serait la petite vie rêvée !!! Et comme je serais heureuse. Tu sais, petit Loul, je n’ose y penser, de peur que ça n’aille pas. Quelle serait ma déception après !!! Je vais voir Madame Sevette demain. Je lui en parlerai. Elle a dû t’écrire à ce sujet. Loulou m’avait dit Dimanche dernier que l’on avait écrit de chez toi, pour te demander que je reste chez toi. Je ne sais si c’est elle ou Suzanne.

J’aimerais bien que tu en parles aussi, comme cela, ça semblerait moins drôle et ma tâche serait moins difficile. Je ne pense pas qu’on te refuse ce désir, mais tes parents sont en grand deuil en ce moment. Et le moment est mal choisi pour parler mariage. Enfin, nous pouvons toujours essayer. Vu les évènements, on passe sur beaucoup de choses et en temps de guerre, un mariage lorsqu’on est en grand deuil n’est pas chose rare. Entre quatre témoins, c’est bien suffisant, n’est-ce pas mon Loul chéri ??? Pourvu que l’on soit ensemble, c’est le principal.

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Tu sais, mon chéri, depuis ce matin, je ne vis plus, je suis comme une folle. J’étais tellement loin de m’attendre à ça !!! Pourvu ! Pourvu que ça réussisse !!!!!

De toutes façons, je resterai à Paris, même si mon père s’en allait avec sa maison en province. Tu comprends mon Loul, que c’était choisi depuis longtemps. Je n’avais même pas pris ce mal. Je sais bien qu’en restant à Paris j’aurai beaucoup plus l’occasion de voir mon tout petiot. Alors c’est tout dire. Je me rappelle trop le grand chagrin que j’ai eu au Mesle en apprenant que tu étais à Paris…! Je ne tiens pas à recommencer.

J’ai été chez toi hier. Si tu avais été là, tu aurais bien ri. J’ai fait un magistral point de chute par terre dans le salon. J’étais en train de me disputer avec Nounou, j’étais assise sur un bras de fauteuil. Ce dernier a basculé et Mino a été faire « Eh-allez-donc-c’est-pas-mon-père » par terre. Ç’a été le fou rire général. Qu’est-ce que mon pauvre…postérieur a pris ! Aujourd’hui, j’ai tout le côté endolori, depuis l’épaule jusqu’au genou. Une autre fois, je me rappellerai que Nounou astique trop bien son parquet  et je ferai attention.

Tu ne sais pas pourquoi on se disputait ? Eh bien Nounou disait que lorsque tu étais petit, tu étais laid. Tu penses si j’ai protesté. Pour me faire encore plus bisquer, elle a ajouté : « Maintenant encore, du reste. Pierre est bien mieux que lui. » Bien sûr, Pierre est encore mieux puisque c’est son chouchou. Quelle Nounou !!!

Pierre et Lucien (photos de classe de 1903). Lequel est le plus mignon ?
Pierre et Lucien (photos de classe de 1903). Lequel est le plus mignon ?

J’espère mon tout petiot que tu es toujours en bonne santé. Dans cet espoir, je te quitte en t’envoyant les plus douces câlineries et les meilleures cerises de ta petite gosse qui voudrait bien être plus vieille de quelques jours,

Mino

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