Dernière lettre

Le 12 Juillet 1919

Mon petit Loul Aimé,

Aujourd’hui, je suis venue déjeuner avec mon père. Ça s’est bien passé. Il ne m’a rien dit du tout. Il est vrai qu’il avait invité son ami Pinier, aussi il n’a pas fait allusion à tes parents. Tantôt, je ne sais pas ce que nous allons faire. Il est parti reconduire son ami. Tes parents sont partis hier vers 5h. Ils devraient arriver au Mesle vers 9h.

Le soir en rentrant de chez Mme Schwab, j’ai trouvé Pierre qui était venu dîner. Nous avons dîné tous les deux avec Nounou. Et il est reparti tout de suite après pour Dugny.

Au moment d’aller me coucher, grosse émotion ! Toto avait attrapé un rat au bureau et l’avait amené dans l’entrée. Tu penses dans quel état était Nounou. Elle s’était enfermée dans sa cuisine et n’en bougeait plus. Moi qui ne savait rien, je me demandais ce qui se passait. Heureusement qu’elle m’a crié : « Toto a un rat, si vous n’avez pas peur, allumez l’électricité de l’escalier. »

Toto sur le lit  (photographie prise par Germaine)
Toto sur le lit (photographie prise par Germaine)

J’ai été allumer le plus doucement possible pour ne pas faire peur au chat et j’ai assisté à un combat acharné. C’est assez amusant ! Ça a duré une demie-heure. Après, Nounou est venue contempler la victime et féliciter son chat qui était fier comme un paon. Ensuite, elle a jeté le rat dans la rue et nous avons été nous coucher bien tranquillement.

Je n’ai forcément toujours pas de tes nouvelles. J’espère bien que demain j’en aurai une qui reviendra du Mesle. Toi, petit Loul, tu dois avoir déjà reçu plusieurs de mes lettres et savoir que je suis restée à Paris, aussi maintenant, tu dois m’écrire directement.

J’espère que tu es toujours en bonne santé et que tu ne t’ennuies pas de trop.

Dans cet espoir, je te quitte mon petit chéri en t’envoyant mes plus douces câlineries et mes meilleurs baisers.

Ta petite gosse qui compte les jours avec impatience,

Mino

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