Piscine de Neustadt

Paris, le 17 Mai 1919

Mon petit Loul chéri,

J’ai reçu hier soir ta mignonne lettre du 12. Je suis contente comme tout que tu aies trouvé cette piscine, cela va te faire une distraction et en même temps du bien. Je suis sûre que maintenant tu descendras souvent à Neustadt. Ça me fait penser, Marie-Louise m’a écrit pour me dire qu’elle avait lu sur le journal qu’à partir du 15, on donnerait des sauf-conduits pour les pays rhénans. J’ai cherché sur tous les journaux, je n’ai rien trouvé ! Est-ce vrai, dis petit Loul ? Elle ajoutait : « J’espère qu’à cette nouvelle, tu vas bondir rejoindre Lucien. » Ce n’est pas l’envie qui m’en manque, malheureusement. Mais il me faudrait d’abord la permission et ensuite les moyens !

Enfin, j’espère que bientôt tu auras l’occasion de venir et cela reviendra au même.

Hier, nous avons été chez Mme Schwab en auto et nous sommes revenus de même, comme cel, je ne me suis pas trop fatiguée. J’ai mal dormi cette nuit. On a vidé une fosse dans la cité et cela faisait pas mal de bruit, je suis restée assez longtemps éveillée, et ce matin, je suis un peu fatiguée.

Je suis venue à la maison d’où je t’écris. Je suis en compagnie de Papa qui ne travaille pas tantôt. Il me charge de t’embrasser.

A part ça, rien de neuf, si ce n’est que le temps me semble bien long sans toi. J’ai beaucoup de mal à présent à m’habituer à être seule !

J’espère que tu es toujours en parfaite santé et que tu es toujours bien chez ta boche. Dans cet espoir, je te quitte mon mignon Loul Aimé en t’envoyant les plus douces caresses de ta petite gosse qui t’aime de tout son coeur,

Mino

PS : Mon stylo est toujours récalcitrant !

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