Une situation chez Borderel

Le 15 Mai 1919

Mon petit Loul chéri,

A ma grande joie, j’ai reçu hier soir ta mignonne lettre du 10. Je commençais à m’ennuyer sérieusement, heureusement que j’ai trouvé à mon retour de tes nouvelles, sans quoi je crois que le vilain cafard aurait fait des siennes.

Je pense que le concert où tu as été devait être très intéressant et j’espère que cela t’aura fait passer un bon moment.

Ce matin, ton père est venu me trouver dans ma chambre et m’a parlé d’une affaire qui pourrait t’intéresser. Voici de quoi il s’agit :

Un Monsieur qu’il connait et que tu connais aussi (M. Borderel) veut faire prendre de l’extension à sa maison, pour cela il a besoin de capitaux. Aussi, il va constituer une société. Ton père en fera partie, je crois, comme administrateur. Ce Monsieur Borderel qui a besoin d’être secondé, lui a demandé ce que tu comptais faire et quelles étaient tes capacités.

Ton père lui a dit que tu n’avais encore rien décidé, et que tu n’avais pas encore travaillé. Bref, ce monsieur voudrait te voir pour pouvoir causer avec toi. Ton père me disait que tu pourrais avoir une belle situation dans cette affaire-là, aussi il voudrait bien que tu viennes bientôt pour pouvoir en causer sérieusement avec toi. Ci-joint, tu trouveras la lettre que ton père a reçu ces jours derniers au sujet de cette affaire. Il a été trouver ce monsieur et c’est là qu’il a appris ce que je t’ai dis plus haut.

Ton père m’a demandé quand est-ce que tu comptais venir. J’ai dit que je ne savais pas du tout. Alors il m’a dit : « Dites-lui qu’il tâche de venir bientôt, bien entendu si cela lui est possible et qu’il ne court pas de risque de se faire punir. »

Voici la commission faite, et non sans mal !!! Mon stylo se refuse complètement à écrire, je suis obligée de faire descendre l’encre toutes les secondes, aussi je crois que je vais piquer une attaque de nerfs. Avec ça, j’ai très mal à la tête et au ventre. J’en suis à mon deuxième jour. Ça m’a pris hier au moment de partir chez ta tante. Je suis venue ce matin à la maison, mais tantôt, je vais me coucher.

J’espère petit Loul que tu pourras déchiffrer ce brouillon écrit avec quel mal !

En espérant que tu es toujours en bonne santé, je te quitte mon tout petiot pour aller m’allonger. Reçois de ta petite gosse qui t’adore de bien douces caresses et de bien tendres baisers,

Mino

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