Toute fière de moi

Le 6 Mai 1919

Mon petit Loul chéri,

Aujourd’hui, je ne suis pas bousculée comme hier, aussi je vais pouvoir bavarder tranquillement avec toi. Je viens d’arriver à la maison, j’ai mis le déjeuner en train et je t’écris. Je vais te dire une chose qui te fera certainement plaisir : ce matin j’ai suivi tes conseils, comme il fait très beau, je me suis dépêchée d’expédier  mon ménage et ma toilette et je suis venue ici tranquillement à pieds, tout en me promenant ! C’est bien, n’est-ce pas, mon Coco ? Je suis une belle gosse !!!… Dis ? Aussi je suis toute fière de moi.

Le temps est vraiment beau ! Un soleil superbe et très chaud. Cela change beaucoup avec la semaine dernière au Mesle. Je suis venue sans manteau, avec ma robe bleue et ma fourrure. Et bien, j’avais encore chaud.

Je suis en train de penser que de ce beau temps-là, mon Loul doit voler et cela ne me réjouit pas. Enfin, il ne fait peut-être pas si beau là-bas, qu’ici !  Que faites-vous à présent ? J’ai hâte de recevoir de tes nouvelles pour savoir ce que tu deviens.

Pierre est arrivé hier à Midi. Papa avait été le chercher en auto. Il a bien meilleure mine. Son estomac va beaucoup mieux. Il s’est fait sa popotte lui-même et s’en trouve beaucoup mieux. Paillard est venu déjeuner. Et l’après-midi, nous avons eu la visite de Guillot qui est en permission.

Le Lieutenant Puech est resté avec nous toute l’après-midi. Il a bien fait enrager Loulou qui le remettait souvent à sa place. C’était très amusant.

J’ai oublié de te dire que j’avais fait une rencontre  l’autre jour dans l’autobus en allant au rendez-vous de Marie-Louise. Devine qui ? Robert Sut. A deux jours près, il fallait que je le rencontre ! Il est monté au Cirque d’Hiver. Moi, j’étais première et lui sur la plateforme. Je me disais : « En descendant, il va falloir que je lui cause. » Et justement, il descendait aussi à l’Opéra. Ça fait qu’il est descendu un peu devant moi. Et ne m’a pas vu. Il était en civile, je ne pense pas qu’il soit déjà démobilisé.

tram

J’ai des nouvelles de ma lampe. Jeanne a écrit à Suzanne pour la prier de l’excuser auprès de moi, qu’elle avait commandé dans une maison la lampe mais qu’on ne l’avait pas encore reçue. Ça va, je n’en suis pas pressée. J’avais peur que mon choix ne lui ait pas plu.

Sur ce, petit Loul, je vais te quitter pour aller voir mon frichti (Il y a de la tête de veau).

En attendant impatiemment de tes nouvelles, je te quitte mon tout petiot à moi en t’envoyant les plus douces tendresses de ta petite gosse qui est si heureuse de t’aimer,

Mino

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