Pas de laissez-passer

Le 30 Mercredi – 3h

Mon chéri,

Impossible de partir le 1er. Depuis ce matin, je cours au commissariat pour avoir mon laissez-passer. Je n’ai pu l’obtenir. Il parait que c’est à partir du 4 seulement que l’on peut délivrer des saufs-conduits pour cet endroit.

Pour comble de malheur, mon commissaire n’était pas là. Je suis tombée sur un autre qui m’a gentiment dit de m’adresser à l’autorité militaire. Je viens d’y retourner tout à l’heure, et c’est là que l’on m’a dit qu’à partir du 4, c’était possible.

Je l’ai demandé pour cette date afin d’être sûre de l’avoir et pour m’éviter d’y retourner mais on n’a pas voulu me le donner. Sous prétexte que j’aurais pu m’en servir avant. Enfin, cela n’est que partie remise.

J’ai voulu t’envoyer un télégramme tout à l’heure afin que tu saches que je ne pourrai pas arriver le 1er. On me l’a refusé. Il n’y a qu’en cas de décès que l’on a droit de se servir du télégraphe. Je suis très ennuyée, car ma lettre ne pourra te parvenir que Vendredi soir. Et j’ai peur que tu ailles me chercher à la gare inutilement. J’en suis même sûre et que vas-tu penser ! Tu vas encore te faire du mauvais sang. Pauvre chéri ! Décidément en ce moment, je te donne bien du tracas !

Pour ne pas recommencer pareille chose, je ne t’indiquerai le jour de mon départ que lorsque j’aurai mon sauf-conduit en mains !!! J’ai demandé si je pourrai venir le chercher avant le 4. On m’a dit : « Oui, à partir du 2. » Si je l’ai le 2, je t’écrirai immédiatement. En te fixant le jour de mon départ. Tu pourras recevoir ma lettre le 4. Si tout marche bien, espérons-le, je partirai le 5 au train de 8h pour arriver à Châlons à 10h37 ce qui doit faire 11h avec le retard. Il n’y a pas d’autre train que celui-là.

Excuse ce brouillon, je me dépêche tant, si seulement ma lettre pouvait te parvenir avant Vendredi soir. Reçois de ta gosse qu’est bien ennuyée de ce contre-temps, des millions de bien douces cerises et de bien câlins baisers,

Mino

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