Pierrot nous amuse beaucoup

Le 16 Octobre 1918

Mon tout petiot Aimé,

Hier soir en rentrant de la maison, j’espérais trouver 1 mignonne lettre de toi, mais rien. J’étias bien déçue. Heureusement ce matin, j’en ai eu deux. C’était pour me rattraper. Le service postale marche bien mal en ce moment. Comme toi, je reçois mes lettres deux par deux.

Je vois que le vilain temps te laisse des loisirs. Pourvu qu’il en soit ainsi dans 15 jours. Ça serait rageant si le temps se mettait au beau. Tu serais moins libre. J’espère que la dame en question sera assez aimable pour me faire cette lettre. Je pense partir le 31 Octobre ou le 1er Novembre, cela dépendra de la fin de ce que tu penses. Aussitôt terminé, je partirai.

Maintenant, j’ai pensé à autre chose. Il serait peut-être préférable que la personne m’écrive à mon nom de jeune fille, pour plusieurs raison. La première : si elle adresse sa lettre Cité Nys, je suis obligée d’aller au commissaire du quartier. Cela ne gaze plus. De plus, mon commissaire doit ignorer que je suis mariée. Il me donnera certainement mon sauf-conduit au nom de Bertin. Et je suis sûre que je me ferai moins remarquer sous ce nom-là. Si l’on me demande des papiers, je montrerai ma carte d’identité et tout sera dit. Qu’en penses-tu Loul ? Dis-moi si mon idée te semble bonne ? Si tu as des objections à faire, dis-le moi. Il faudrait que cette dame m’écrive le 24 ou le 25. Pas plus tard. Si c’est au nom de Bertin, qu’elle adresse la lettre rue Ledru-Rollin. Comme j’y vais presque tous les deux jours, je la trouverai certainement. Hier, j’ai trouvé une lettre de Mme Fleuriel. La concierge l’avait depuis deux jours, elle ne l’avait pas donné à mon père. Elle m’attendait.

Maintenant, faudra-t-il emporter ta bécane ? Il me semble que nous en avions causé, mais je ne me rappelle plus ce qui a été décidé. Je t’apporterai aussi des débarbouilloirs. Si tu as besoin d’autre chose, dis-le moi.

Tout à l’heure, je suis descendue dans la salle à manger pour compter sur le calendrier les jours qui nous séparaient. Encore 15 ou 16. Comme cela va être long. Il y a déjà 21 jours que tu es parti. Cela fera 5 longues semaines sans Loul, ni cerise, ni popommes. Comme c’est dur ! Heureusement que mon Lou chéri me dit qu’il fera tout son possible pour me faire beaucoup de mal !!!

Les nouvelles de la guerre sont toujours bonnes. Les boches n’acceptant pas les conditions, ils n’en seront pas moins battus ! Je ne leur donne pas 2 mois à résister. Je suis certaine qu’au Jour de l’An, nous verrons très clair dans la situation.

Tout le monde va bien ici. Jeanne  et Pierrot  sont toujours avec nous. Nous sommes toujours très amis. Pierre est polisson comme tout. Il dit à ton père : « Ça va bien, mon vieux ? » ou « Est-ce que tu prends de la gnôle ce soir ? » Il nous amuse beaucoup. Toto ne peut pas le voir, il lui souffle tout le temps. Il est jaloux.

Tes parents t’embrassent bien. Madame Fleuriel m’a prié de t’envoyer son meilleur souvenir. Elle me charge de commissions au Bon Marché.

En espérant que tu es en bonne santé, je t’envoie mon Coco joli une corbeille de bien douces cerises de ta petite gosse qui t’adore,

Mino

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