Je suis indisposée

Le 27 Septembre 1918

Mon chéri Aimé,

A ma grande joie, j’ai reçu hier soir ton gentil mot écrit aussitôt ton arrivée à Bar-le-Duc. Tu ne peux t’imaginer mon chéri combien j’ai été contente. Je ne pensais pas avoir de tes nouvelles si tôt. C’est hier soir après le dîner que ton père me l’a apportée. Il rentre à la salle à manger en disant : « Une lettre pour Madame Sevette. Comme il y a un timbre, ce n’est pas pour vous mais pour ma femme. » Je n’y ai pas attaché plus d’importance que ça, n’attendant pas de nouvelles si tôt. Mais quelle n’a pas été ma stupéfaction lorsque ton père, après quelques minutes me l’a mise devant les yeux. J’ai tout de suite reconnu l’écriture de mon Loul chéri et je n’ai pas été longue à la décacheter.

J’ai été bien heureuse d’apprendre que tu avais fait un bon voyage, assis tout le temps. D’après l’heure de ta lettre, tu n’as dû avoir qu’une heure à peu près de retard. J’espère que tu as trouvé une voiture pour te conduire à ton escadrille et que tu es bien rentré. J’espère aussi que le capitaine t’aura laissé te reposer un peu et que tu n’as pas encore volé.

Tu me dis que tu espères que je suis à peu près sage. Je le suis un peu à présent. Je n’ai pas pleuré depuis hier. Je fais des progrès, ce qui n’empêche pas que je m’ennuie beaucoup. A côté des bonnes journées passées ensemble, je trouve le temps bien long et bien triste. Enfin, il faut me résigner et prendre modèle sur toi, qui es si courageux et qui ne te plains jamais.

Ce matin, je me suis levée à 8h, après avoir passé une très bonne nuit. J’ai raccommodé mes bas et mon linge toute la matinée. J’ai aidé un peu à écosser des haricots. A midi, j’ai très bien déjeuné. En remontant, j’ai constaté avec plaisir que j’étais indisposée. Jusqu’à présent ça a l’air d’aller. Je vais prendre du cheval afin de ne pas me fatiguer. Tu vois, mon chéri, malgré que tu ne sois pas là, je suis tes conseils et je me soignes bien.

J’ai des excuses à te faire mon Coco joli ! Tout à l’heure, j’ai nettoyé mes mules à l’essence et la petite tache que tu avais fait, bien involontairement je le reconnais, est partie. Elles sont à présent comme toutes neuves. Aussi, je te demande mille fois pardon de t’avoir fait si idiotement une scène à ce sujet. Comme tu le disais, cela ne ressemblait à rien (Oi ! Oi ! Je viens de faire un pâté et je n’ai pas de buvard, tu excuseras le petit cochon que je suis).

paté 27-09°18

Tantôt, nous allons chez Mme Schwab. Ta maman m’attend pour partir. Aussi je vais te quitter pour m’apprêter. Je me suis re-deshabillée tout à l’heure. Aussi, cela m’a retardé.

En espérant que mon petit torchon te trouvera en bonne santé, je te quitte mon tout petiot chéri en t’envoyant les plus doux baisers et les plus folles caresses de ta sale gosse qui t’adore à la folie,

Mino

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