Mon père était baba !

Le 23 Juillet 1918

Mon petit Loul Aimé,

J’ai reçu ce matin ta mignonne lettre du 20. Et en même temps celle adressée à mon père. Il était baba lorsque je lui ai dit : « Une lettre de Lucien pour toi. » Aussitôt qu’il l’a eu lu, il m’a sauté au cou, ce qui lui arrive rarement et m’a dit que c’était avec plaisir qu’il consentait. Je le crois vraiment, car il avait l’air bien content. Lui qui se plaignait depuis plusieurs jours d’être malade, ça l’a guéri radicalement. Il est tout guilleret.

portrait gustave
Gustave Bertin

A midi, il m’a montré la lettre qu’il t’a écrite au bureau, te donnant son consentement. Il avait l’air enchanté. Je ne crois pas que le petit papier qu’il a joint te serve à quelque chose, mais je n’ai rien dit, quelquefois que cela lui déplaise. Ce n’est pas la peine.

Ça fait que maintenant, nous n’avons plus qu’à attendre patiemment ou plutôt impatiemment le retour de tes parents. Après, ça ne sera plus long je crois ! Tant qu’à l’offensive, j’espère bien qu’elle sera terminée pour ce moment-là. Car il y a des chances que si tu ne pouvais assister à ton mariage, qu’il ne se ferait pas !!!

Comme jour, j’ai choisi le Mardi. Maintenant, comme date, ça dépendra un peu de la permission de Pierre et aussi de ce que pensera Monsieur Sevette. Je voudrais déjà être au Mesle, rien que pour pouvoir lui en causer. Je ne pars pas encore tout de suite, petit Loul, mais seulement pour leur derniers 15 jours. Il faut tout d’abord que tes parents m’écrivent pour m’inviter. Je ne partirai pas avant le 3 Août, à moins que mon père ne veuille pas. Mais je ne le pense pas. Quinze jours de campagne me feront beaucoup de bien.

Depuis deux ou trois jours, je suis tout de même mieux. L’appétit va bien et les couleurs reviennent. Je me sens bien moins lasse. Je prends toujours mon cheval et mes pilules et en mangeant, je bois de l’absinthe… ! Je me mets bien !!! Rassure-toi petit Loul, une infusion de feuilles d’absinthe seulement. C’est très amer, mais cela est très bon pour la circulation du sang. Ce qui m’a fait surtout beaucoup de bien, c’est le petit entretien avec ton Père. Comme fortifiant, c’est merveilleux !

Et toi, petit Loul chéri, comment vas-tu ? Tu dois être bien fatigué, tu donnes tant ! Pauvre tout petiot ! Si seulement on pouvait t’envoyer un peu au repos, mais je ne crois pas que ça soit le moment.

J’ai vu Charlotte Bussière hier. Elle était toute heureuse. Pendant la permission de mariage de Maurice, son groupe de tanks a donné beaucoup, et maintenant, on les envoie au repos près de Fontainebleau. Ça fait qu’elle va pouvoir aller le rejoindre. Ça c’est de la chance !

En espérant que ma lettre te parviendra en bonne santé, je t’envoie mon mignon Loul chéri les plus tendres baisers de ta petite gosse qui t’aime follement,

Mino

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