15 jours au Mesle

Le 11 Juillet 1918

Mon petit Loul Aimé,

Pas de mignonne lettre de toi ce matin. Je ne m’en étonne pas puisque tu m’as prévenu que tu allais déménager. Sans doute que tu es en train ! C’est agaçant, car chaque fois, nous somme privés de nouvelles, toi encore plus longtemps que moi.

Je me demande de quel côté tu vas aller ?

J’ai vu Suzanne hier qui m’a dit que ça continuait à bien marcher pour notre mariage. Tes parents s’occupent en ce moment de la manière dont ils logeront lorsque tu seras là (elle ne m’a pas dit comment, mais cela m’est égale, puisque je serai avec mon Loul chéri !)

Le plus drôle, c’est que Madame Sevette ne m’en parle toujours pas. Je suis revenue avec elle de chez Madame Liotard. Je pensais qu’étant toutes les deux, elle en profiterait pour m’en parler. Eh bien non. Elle ne m’a rien dit. Ça fait que je suis toujours censée ne sien savoir.

Comme Suzanne le laissait supposer Lundi, Pierre  ne venant  pas permission tout de suite. Tes parents partent plus tôt en vacances. La date de leur départ est fixée à Mercredi prochain 17 Juillet.

Monsieur Sevette m’a fait demander par Suzanne si je voulais bien aller passer un moment avec eux. Et que si j’avais peur que ça me fasse trop de frais, que je ne m’inquiète pas, qu’il m’offrait mes vacances. Vraiment, il est trop gentil, je ne sais comment le remercier. Il me gâte de trop et j’ai peur d’abuser de sa bonté. Comme il me disait au 1er Janvier : « Vous êtes notre fille à présent. Aussi il est tout naturel que l’on vous gâte. » Jamais je ne l’ai été ainsi, et je m’aperçois qu’il disait bien vrai. Il me considère comme sa fille et cela me fait grand plaisir.

Ça fait que j’irai passer 15 jours au Mesle. Loulou viendra aussi. Nous partirons toutes les deux et nous rentrerons tous ensemble. Nous deux, Loulou et moi, nous ne partirons guère avant la fin du mois, commencement Août.

Bien entendu, je ne dis rien à mon père. C’est Madame Sevette qui m’écrira au bout d’une dizaine de jours pour me dire de venir. Je suis bien contente, car un peu de campagne me fera du bien. Et je serai tout à fait en bonne santé pour le mois de Septembre. J’ai beau bien suivre mon régime, ça ne vaut pas le grand air et la campagne. Ce qui m’inquiète, c’est de penser que tu pourrais peut-être venir pendant mon absence. Enfin d’ici la fin du mois, je peux rester tranquille.

En attendant impatiemment de tes nouvelles et en espérant que tu es toujours en bonne santé, je te quitte mon petit Loul chéri en t’envoyant les plus câlins baisers de ta petite gosse qui t’aime follement,

Mino

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