Je serai bientôt ta femme

Le 8 Juillet 1918

Mon petit Loul Aimé,

J’ai reçu ce matin ta mignonne lettre du 6. Oui mon Loul, je connais la réponse de tes parents avant toi et je m’empresse de te dire qu’elle est très bonne. Monsieur Sevette donne son consentement avec plaisir. Tu as dû savoir par Suzanne qui t’a écrit hier ce qu’il en était. Monsieur Sevette lui-même t’a répondu hier aussi. Moi, ne sachant rien hier, je n’ai pu te l’annoncer. Enfin, j’espère que la lettre de Suzanne t’aura complètement rassuré et en même temps apporté beaucoup de joie. Pour ma part, je suis comme folle tant je suis heureuse !

Comme je le supposais, cela ne se fera pas tout de suite, mais au retour de tes parents. C’est-à-dire vers le commencement de Septembre. Cela est encore bien long, mais enfin, il ne faut pas en demander de trop. Cela fait encore 2 mois mais qu’est-ce cela à côté des 4 ans que nous attendons ! N’est-ce pas mon Loul ?

Pour bien faire, il faudrait que Pierre vienne tout de suite en permission, tes parents partiraient aussitôt après et reviendraient beaucoup plus tôt. Je suis certaine que Pierre ne demanderait pas mieux, mais malheureusement, ce n’est peut-être pas encore son tour de permission.

J’ai vu Monsieur Sevette hier, il est venu nous retrouver aux Champs-Elysées. Il ne m’a rien dit. Madame Sevette non plus. C’était assez difficile devant la petite Berthe et ses enfants. C’est Suzanne qui m’a mise au courant. Elle était assise à côté de moi, aussi elle m’a glissé ça dans le tuyau de l’oreille. Ce n’était pas très commode, car j’étais d’une impatience et la conversation n’allait pas assez vite à mon gré. On restait constamment en panne. Enfin, sous prétexte d’aller boire un verre de coco, Suzanne m’a à peu près tout raconté. J’étais tout à fait rassurée lorsque nous sommes revenues nous assoir.

Elle m’a dit que Monsieur Sevette avait accepté, que Madame Sevette avait fait pas mal d’objections qui auraient été bonnes en temps de paix, mais que l’on ne pouvait pas faire en temps de guerre. Enfin, qu’elle avait tout de même accepté. Enfin, qu’ils ne restaient plus que quelques questions de détails à résoudre. Telle que si mon père ne s’en allait pas, je serais forcée de rester avec lui. Ça, ça m’embêterait, mais je ne peux tout de même pas le laisser tout seul pour aller m’installer chez toi. Enfin ça, nous en reparlerons. D’ailleurs, Suzanne a dû te donner pas mal de détails. D’ici que ça se fasse, il peut s’en aller. Le principal pour nous, est que tes parents aient accepté.

Monsieur Sevette a grand espoir que tu viennes à Villacoublay. Aussi, il disait que nous pourrions mieux nous entendre que par lettre. Je suis de son avis, mais si tu n’y viens pas, on sera chocolat et ça nous retardera.

Je vais chez toi tantôt, je pense que s’il me voit, il va me parler. J’aime autant ça, car pour le moment, je suis censée ne rien savoir.

Aujourd’hui, mes nerfs sont calmés, ils sont même bien raplapla. Etant très fatiguée ces temps derniers, et mes nerfs m’ayant quittée, je suis comme une vraie loque ! Encore de l’anémie, bien certainement ! Mais cette fois-ci, je ne vais pas me laisser aller comme l’année dernière. Je vais me soigner ! Et comment ! Ce n’est pas le moment d’être malade ! N’est-ce pas mon petit Loul chéri ? Aussi pas plus tard que ce soir, je vais aller m’acheter du sang de cheval. Il faut que je me remonte !!!

Ce matin, lorsque j’ai vu ma tête qui tournait en me levant, et après avoir constaté dans la glace que j’avais une sale binette, j’étais très en colère après moi et je me suis dit : « Ma fille, il te faut des bonbons de cheval. » Ensuite je me suis reposée et ai laissé tomber le ménage avec un bruit sec et métallique. Je le ferai un autre jour où je serai plus costaude. Tu vois mon Loul, je ne m’en fais pas, depuis que je sais que je serai bientôt ta femme. Alors je ne serai plus une sale gosse, dis mon Loul ? Ni un bébé ? J’espère bien que si !!! Et même encore plus sale gosse qu’auparavant. Cela ne t’effraie pas, dis mon tout petiot ?

Je te quitte, je m’aperçois qu’il est 3h. Je suis très en avance pour aller chez toi. Reçois mon Loul que j’adore les plus douces caresses de ta petite gosse qui est bien bien heureuse ! Vivement le mois de Septembre,

Mino

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