Où est-il ce temps-là ?

Le 6 Juillet 1918

Mon chéri Aimé,

J’ai reçu ce matin, comme je l’espérais, deux mignonnes lettres de toi, celles du 3 et 4. Je savais que tu avais écrit, par Suzanne que j’ai vu hier. Ta lettre est arrivée hier matin et c’est Monsieur Sevette qui l’a reçue. Malheureusement, il y avait quelqu’un à déjeuner chez toi. Aussi, il n’a pas eu le temps d’en parler. Il a seulement dit en donnant ta lettre à Madame Sevette : « Lucien nous pose une permission pour se marier. » Suzanne qui était là à ce moment a dit : « Cela n’a rien d’étonnant au bout de 4 ans ! » Et ç’a été tout. Elle m’a dit : « Nous en parlerons ce soir, et n’ayez crainte, je saurai prendre votre parti. »

J’ai confiance dans Suzanne, certainement qu’elle fera tout son possible pour que ça réussisse. Nous avons en elle une alliée. Et n’aie crainte petit Loul, je l’ai déjà bien remerciée, je n’oublierai pas de le faire encore pour toi. J’ai hâte de la revoir pour savoir ce qu’il en est. Aujourd’hui je ne la vois pas, elle va chez son amie Lucienne. Mais demain Dimanche, nous nous revoyons, aussi j’ai hâte d’être à demain.

Madame Sevette ne m’a rien dit hier. Aussi, je n’ai pas osé lui demander de tes nouvelles. Savoir ce qu’elle me dira demain ! Je ne vis pas aujourd’hui, je trouve le temps long, long ! Je suis énervée, c’est effrayant. Enfin, au cas où ça ne réussirait pas, crois mon petit Loul que je resterai très sage. Je te le promets. Tu peux donc être tranquille.

En effet, j’ai connu Lucien Seirac à Cayeux ! D’ailleurs, c’est par toi ! Je me rappelle que le jour de tes 21 ans, nous avons trinqué ensemble avec Marcel  et Serreules au café de la terrasse. Où est-il ce temps-là ? Bien loin hélas !

Cayeux-sur-Mer-La-Place-Courbet

Tu m’excuseras petit Loul, si je te quitte si vite, mon père est là et il me charge de lui porter une lettre très pressée à la poste. Je suis moi-même très en retard pour le courrier. N’étant pas bien ce matin, je suis restée tard au lit et tout s’en ressent. Enfin, tantôt ça va un peu mieux. Surtout ne t’inquiète pas mon Loul, ça suit son cours.

En espérant que tu es toi en bonne santé, je t’envoie mon tout petiot chéri les plus douces cerises de ta petite gosse qui t’adore,

Mino

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