Aider Suzanne à faire son deuil

Le 11 Juin 1918

Mon petit Coco chéri,

J’ai reçu hier soir ta mignonne lettre du 8 qui m’a fait grand plaisir de voir que tu avais enfin reçu de mes nouvelles. Depuis le temps que tu en étais privé, cela a dû te sembler bon. En effet, je me félicite de t’avoir écrit par B.C.M. C’était une bonne idée puisqu’elles ont pu te parvenir.

Mais voilà, je suis désolée pour autre chose. Là, je n’ai pas eu de nez ! Figure-toi mon Loul, qu’hier en allant porter ta lettre à la poste, je demande à un guichet quel serait le moyen le plus rapide pour faire parvenir ma lettre t’annonçant la mort de ta grand’mère. Eh bien, l’employée m’a répondu : « Envoyez une dépêche, cela arrivera encore plus vite. » Tu penses si je suis restée baba. Comme on l’avait refusé à Monsieur Sevette, je n’aurais pas eu l’idée d’en envoyer une. Ça fait que je t’ai envoyé une dépêche. Mais c’est pour l’adresse que j’ai été ennuyée. L’employée m’a dit qu’il fallait absolument mettre le numéro du secteur. Comme je lui ai fait remarquer que c’était tout à fait impossible ou que tu changeais constamment d’endroit, ele m’a dit : « Ça ne fait rien, mettez le dernier. » Alors j’ai mis S.P. 205. Aussi, hier soir en recevant ta lettre me disant que mes lettres t’étaient parvenues par B.C.M. je me suis demandé si ma dépêche arriverait. J’ai bien peur que non.

Dire que j’étais si contente de moi hier, après avoir envoyé ce bleu, maintenant je ne le suis plus. J’aurais été si contente si vous aviez pu venir. Enfin, j’ai toujours fait l’impossible. Cela ne sera pas de ma faute.

Tu m’excuseras mon Loul de te quitter si vite, mais je dois aller chez toi de très bonne heure, afin d’aider Suzanne à faire son deuil.

temps de deuil

En espérant que tu es toujours en bonne santé, je termine mon Loul Aimé en t’envoyant de bien doux baisers de ta petite gosse qui t’adore,

Mino

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