Rien de bien nouveau

Le 2 Juin 1918

Mon petit Loul Aimé,

Aujourd’hui, pas de mignonne lettre, mais je ne me plains pas puisque j’en ai eu deux hier. Je sais fort bien que je n’en aurai pas tous les jours. D’ailleurs, tu n’auras pas toujours l’occasion de trouver un camarade qui aille à Paris !

Hier soir, j’ai été chez toi prendre des nouvelles de ta grand’mère. Elle va beaucoup mieux. Ça se voit car elle est beaucoup plus gaie et parle bien plus facilement. Elle se fait toujours beaucoup de mauvais sang pour ses petits-fils ! Je comprends ça ! Enfin, on essaye de lui faire comprendre que vous n’êtes pas en pleine bataille, mais elle a beaucoup de mal à le croire. Elle me disait hier : « Heureusement qu’il fait beau et chaud en ce moment. Ils auront moins froid, car ils doivent dormir à la belle étoile. » Ça, c’est plus que probable. Je me demande même si vous avez le temps de vous reposer !

Madame Sevette venait de recevoir deux lettres de Pierre du 30 et du 31. Il dit que vous êtes au même endroit qu’il y a deux mois. Plus maintenant, puisque nous nous trouvons bien en dessous. Je crois que vous devez être pas loin de la ville où ta cousine Clochez devait prendre un commerce. Heureusement, elle ne l’avait pas encore pris, c’était toujours en pourparler. Sans quoi, elle aurait été forcée de s’en aller. Je crois même que l’on a fait évacuer.

Sur les journaux, rien de bien nouveau. On parle toujours beaucoup de l’aviation, qui est très active et qui mitraille les troupes. Aussi cela m’inquiète beaucoup. Pourvu que ton appareil marche bien en ce moment. Ici rien de bien nouveau. Toujours le canon le jour et les gothas la nuit. On commence à s’y habituer et à ne plus y faire attention.

En attendant impatiemment de tes nouvelles, et en espérant que tu es toujours en bonne santé, je t’envoie mon Loul chéri, les plus douces tendresses de ta petite gosse qui souffre tant de te savoir là-bas,

Mino

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