Puisse-t-il dire vrai !

Le 25 Mai 1918

Mon Loul chéri,

Ce matin, j’ai enfin de tes nouvelles. Tu penses combien elles ont été accueillies avec joie. Je commençai à me désoler tout à fait. Hier, je vais chez Loulou et je vois Suzanne. Pas Madame Sevette qu’était restée auprès de ta grand’mère qui est malade. Le dernier raid l’a beaucoup retournée et elle a, à présent, une forte fièvre.

Suzanne me dit que chez toi non plus on avait pas de vos nouvelles. Aussi, le soir, je suis revenue encore plus triste. Pas de lettre non plus au courrier du soir. Ça allait vraiment mal. Enfin, ce matin, je me lève de bonne heure et j’ai été attendre le facteur en bas. Je croyais bien ne rien avoir encore. Aussi, quelle ne fût pas ma joie lorsqu’après lui avoir demandé et qu’il eut cherché dans son paquet, il m’a remis ta mignonne lettre du 23. Elle était tout-à-fait la dernière dans le paquet. Aussi, mon coeur battait bien fort lorsqu’il est arrivé presque à la fin, je me disais : « Encore rien. »

Enfin, maintenant, j’oublie tous mes ennuis, puisque je te sais toujours en bonne santé. La poste peut être contente ! Elle m’a fait une belle peur. Ta lettre est celle du 23. Ça fait qu’il me manque 21 et 22. Je me demande ce qu’elle en a fait !

Ce matin, ça va mieux qu’hier. J’étais tellement contente que pour me remettre de toutes mes émotions, je me suis fait un chocolat délicieux. Je me soigne bien. Dis mon Loul ? Il est vrai qu’hier je n’ai pas mangé beaucoup. Quelle sale journée j’ai passé ! Je ne souhaite pas en revoir une pareille. Aujourd’hui, pour un peu, je danserais tellement je suis contente !!!

Je me rappelle très bien du petit camarade dont tu me parles. Lorsque tu es parti à ton escadrille, j’ai été te conduire à la gare, et là je l’ai vu. Son père l’accompagnait. Il était, je me souviens, très embarrassé avec ses bagages qu’il a été forcé de garder avec lui. Je me rappelle aussi qu’il était très grand. Nous avons voyagé avec lui, moi hélas, que jusqu’au Bourget. Pauvre garçon !

Hier, Suzanne parlait de Wehlen. son père est venu chez toi. Il a reçu une lettre de son capitaine qui lui dit d’espérer. Qu’il y a de grandes chances qu’il ne soit pas blessé. De plus, il lui a fait des éloges sur son fils et lui a ajouté qu’avec son caractère, il ne resterait pas longtemps prisonnier. Puisse-t-il dire vrai !

Sur ce mon petit Loul Aimé, je te quitte, mais bien moins triste qu’hier.

En espérant que tu es toujours en bonne santé, je t’envoie mon petit Coco chéri, les plus doux baisers de ta petite gosse qui t’aime à la folie,

Mino

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