Je voudrais être 15 jours plus jeune

Le 10 Mai 1918

Mon petit Gosse de gosse chéri,

J’ai reçu ce matin ta bonne petite lettre du 8 que tu m’as adressée par S.M. Celle dont tu me parles, apportée par un camarade, ne m’est pas encore parvenue. Pour une fois, la poste se montre vraiment diligente. Pourvu que cela dure.

Je te remercie de m’avoir adressé deux lettres en même temps afin que j’en aie au moins une. Cela est très gentil et m’a fait grand plaisir. Je vois que tu veux que ta gosse reste bien sage et pour cela, tu lui envoies de belles images, non, je me trompe, je veux dire de mignonnes lettres. Tu sais mon petit Loul, je le suis assez. Je trouve bien un peu les journées longues et bien toute seule, mais malgré ça, je suis sage et je commence à compter les jours depuis que tu es parti afin de voir si nous n’approchons pas bientôt du 46e. Hélas, nous n’en sommes qu’au troisième. Cela ne se ressemble pas !!!

Je suis contente de savoir que ton appareil marche bien à présent. Je souhaite que ça dure. Tu ne me parles pas de ton rhume. J’espère qu’il va mieux.

Depuis que tu es parti, mon père ne parle que de toi. Hier, il me disait : « Tu recevras peut-être des nouvelles de Lucien demain » et pour me dire ça, il avait un air tout triste. Ce matin, pas plus tôt levée, il me dit : « Je n’ai pas vu le facteur, mais tu sais, il y aura surement quelque chose pour toi. » Je ne luis demandais rien ! Quel caractère ! A midi, pas plus tôt arrivé, ses premières paroles furent : « Tu as des nouvelles au moins ? » Il ferait mieux d’être un peu plus aimable lorsque tu es là. Je lui en saurais mieux gré.

J’avais envie de lui dire à midi, mais je me suis dit, comme cela n’avancera à rien qu’à le mettre de mauvaise humeur, laissons-le, cela sera plus sage.

Tantôt, je vais chez Loulou. Comme je voudrais être 15 jours plus jeune. Tu te rappelles, tu venais d’arriver, dis mon Loul ? Comme nous étions content ! Hélas, les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

Sur ce, je te quitte mon petit Loul Aimé, en t’envoyant les plus douces tendresses et les meilleurs baisers de ta gosse qui t’aime à la folie,

Mino

 

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