On dirait un « camping »

Le 2 Août 1917

Mon petit Loul Aimé,

Je reçois à la minute ta mignonne lettre du 31. Pauvre chéri ! Il ne faut pas te désoler pour ta demande. Il n’y a peut-être encore rien de perdu. Ça demande peut-être plus de temps que tu le crois. Pourquoi dis-tu : « Je n’ai plus du tout espoir de passer sur Nieuport » ? T’a-t-on dit quelque chose à ce sujet ? Je crois plutôt que c’est toi qui t’es mis cette mauvaise idée en tête. D’habitude, combien cela demande-t-il de temps ? (je viens de bondir à la fenêtre, j’avais entendu un ténor, mais rien !!!…)

Et pourquoi dis-tu : « Je ne ferai jamais plus de demande » ? Est-ce que cela ne te plait plus ou est-ce la colère qui te fait dire ça ? Ne te désole pas mon Loul, tu viendras peut-être quand même bientôt à Paris. Ton appareil sera bon un de ces jours à partir au Plessis et cela te fera une occasion.

Ça ne m’étonne pas que tu ne fasses rien en ce moment à cause du temps. Ici il fait beaucoup de vent et très froid. Avec ça, nous avons une pluie torrentielle. Un vrai temps de Toussaint. J’ai toutes les fenêtres fermées et je gèle, juge plutôt. Quel dommage que mon petit chéri ne soit pas là pour me blottir dans ses bras. Lui saurait bien me réchauffer……!!! Avec ce temps-là, je suis certaine que tu t’ennuies beaucoup. Fais-tu de nombreuses parties de cartes ou fais-tu le tapissier ? Pauvre Lou, je te fais enrager. Il est vrai que je n’ai rien à dire. J’ai bien fait le peintre hier !

Je voudrais que tu voies ma chambre en ce moment. C’est roulant ! On dirait un « camping ». J’ai mes matelas par terre, aussi si je tombe la nuit, je suis sûre de ne pas me faire mal. Et j’ai mes morceaux de lit dans un coin, un vrai bazar ! Enfin, je me suis bien amusée hier en faisant le peintre. C’est le principal. Je me distrais comme je peux, car ce n’est pas folichon d’être seule du matin au soir. Tantôt, je m’en vais bien travailler. Il faut que je fasse une chemise entière, dans mon après-midi, c’est ma tâche.

Je vais tout à fait bien car il y a plusieurs jours que j’ai passé 4 heures. C’était le 30 ! Ai-je compris ? Et c’était cela que tu voulais dire ?

Là-dessus, je te quitte pour préparer le déjeuner.

En espérant que ma lettre te trouvera en bonne santé et avec une bonne réponse, je t’envoie mon chéri Aimé une foule de bien tendres baisers de ta gosse qui ne pense qu’à toi,

Mino

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