J’étais raplapla

Le 5 Juin 1917,

Petit Lou Aimé,

Aujourd’hui, je ne sors pas de la journée, je me repose. Hier tantôt, j’ai été chez toi. Dieu que j’étais fatiguée. Je me demande comment j’ai fait pour aller jusque là, j’étais raplapla. Aujourd’hui, ça va beaucoup mieux. Malgré tout, à l’avenir, je suivrai tes conseils : 1° pour te faire plaisir 2° pour mon bien, parce que je reconnais qu’avec ma balade à bicyclette, j’ai été doublement malade et que je ne tiens pas à recommencer, ça fait trop mal.

Il fait chaud, c’est effrayant !!! Aussi depuis ce matin, je suis tentée d’ouvrir mon col à chaque instant, heureusement je m’arrête à temps. Je pourrais jouer le rôle de la petite dame dans La Ventouse, très bien placée.

Ça me fait penser que Gabrielle voulait me couvrir de bleus hier, soi-disant que c’était pour se venger de toi, tu lui avais même presque permis puisque lorsqu’elle t’avait dit : « Je me vengerai sur Germaine », tu as répondu : « Ça m’est égal ». Merci chéri ! Heureusement que Gabrielle n’a pas mis sa promesse à exécution, sans quoi… je te les aurais rendu avec mes dents. Pauvre coco ! Je te ferai toujours enrager !

Je me demande si tu as pu partir ce matin, il faisait beaucoup de brouillard de chaleur. Comment se comporte ton autobus ? Bien j’espère. S’il est si gros que ça, le lapin va paraître deux fois plus petit.

Hier soir, il y avait un coucou au dessus de la maison, je croyais que c’était toi, il était 7h½. Il est bien resté un quart d’heure au dessus du quartier.  Je ne sais si c’est une idée, mais je l’ai vu immense. Je me suis donc imaginé que c’était toi qui faisait des essais. Je me suis sans doute trompée.

A part ça, rien à te dire, si ce n’est que plus je te vois, plus je t’adore et que je meure d’ennui loin de toi.

En attendant un gentil mot pour me distraire, je t’envoie mon mignon chéri mille et mille tendresses de ta petite

Mino

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