Je viens tailler une longue bavette

Le 1-6-17, 22h½

Mon grand chéri,

Je viens comme je te l’ai promis dans mon mot de tantôt t’écrire plus longuement. Je suis dans mon dodo comme une petite fille bien sage, assez bien installée, aussi je viens tailler une longue bavette avec toi. J’ai pris soin avant de me coucher de remplie ma lampe, comme ça, pas de danger qu’elle s’éteigne.

Je voudrais que tu me voyes dans mon lit (je suis sûre que ça ne te déplairait pas). On dirait que je suis dans un lit de bonne vieille grand’mère. Je suis sûre que tu rirais, je touche presque le plafond. On m’a refait mes matelas depuis deux jours, aussi j’ai un lit comme un monument, je ne sais pas monter dedans. Enfin ça ne m’empêche pas d’écrire.

J’ai donc été tantôt comme je te le disais avec Marie-Louise pour sa bicyclette. Je me demandais ce qu’elle venait faire tantôt. Je savais qu’elle avait une visite. Enfin, je suis arrivée à contenter tout le monde : Marie-Louise et Loulou. J’étais chez Loulou à 4 heures, c’était pas trop tard. Elle ne m’a rien dit. Marie-Louise a une gentille bicyclette à présent, c’est grâce à moi qui lui avait déconseillé son grand cheval. Nous l’avons ramené à la maison, il faut que je lui recolle les caoutchoucs de des freins. Ils tombent en route.  C’est très intéressant.

patin de frein

Dimanche, nous irons faire un tour au bois. Mon père ne me dira rien puisque c’est Dimanche. Ce jour-là, il m’est permis de m’amuser. C’est le jour de repos. Moi, j’ai envie de demander la semaine anglaise aussi. Ça nous changerait de notre balade sur les boulevards des Dimanches.

Aujourd’hui, chez Loulou, j’étais bien malheureuse. Il y avait beaucoup de monde. Entre autres : Renée Pionnier et sa mère, Charlotte Bussière et son fiancé Maurice Anquetil et sa soeur Elisabeth. Suzanne et Loulou me prennent à part en arrivant et me disent qu’il fallait pas que je parle de toi devant Renée et sa mère, surtout de ta permission et de ta visite chez Mme Schwab.

Voilà que Charlotte Bussière me demande de tes nouvelles et me parle de ta permission, Renée étant derrière elle, je ne savais que répondre, je lui ai fait signe de se taire. Elle a du se demander pourquoi, je n’ai pu lui dire après.

Elisabeth pareille me dit : « Lucien est venu en permission que l’on m’a dit », je ne savais encore que répondre. Total, Suzanne me dit après que Mme Pionnier savait que tu étais venu en permission, mais elle ne voulait pas qu’elle sache que tu étais venu chez Loulou et pas chez elle. Il faudrait une autre fois s’expliquer à l’avance pour des choses comme ça, moi qui suis la plus intéressée, j’avais l’air d’ignorer que tu étais venu en permission, c’est plutôt drôle.

J’ai montré tes photos, on les trouve très intéressantes. Monsieur Sevette les a vu aussi , il est venu tantôt nous montrer les épreuves des photos de Pierre. Il n’est pas mal, mais un peu trop sérieux.

Je vais terminer mon babillage parce que je commence à avoir une crampe dans le bras. De plus, mes yeux me font toujours mal, aussi je vais les reposer un peu. La lumière, ça fatigue. Si tu arrives à déchiffrer mon brouillon, tu auras de la veine. C’est vrai que je me donne pas beaucoup de mal pour écrire, je suis complètement couchée, aussi ça va un peu de tout les sens. J’ai juste mon bras de sorti.

J’espère que tu ne m’en voudras pas trop de t’avoir si brusquement quitté tantôt puisque je t’ai récrit ce soir.

Dans cet espoir et dans l’attente de te lire demain matin, je t’envoie mon amour de bien doux baisers avant de fermer les yeux. Je n’ai pas envie de mordre, sur mes vieux jours, je crois que je vais devenir plus douce. Tu ne t’en plaindras pas. N’est-ce pas chéri ?

Celle qui t’adore mille et mille fois,

Mino

Je t’enverrai demain la suite de Chignole

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