Partir au front de très bon coeur

Le 20 Octobre 1916

Mon petit chéri,

Je viens de recevoir ta gentille lettre du 18 et je suis très heureuse d’avoir passé un long moment à te lire.

Je ne trouve pas du tout que tu ne t’y connais pas au sujet des chapeaux. Au contraire, je sais fort bien que ce chapeau dit « Le poussin » me va très mal. Je suis très contente que tu t’en aperçoives toi même. Tout le monde me le dit. Et tu as complètement raison, les grands me vont mieux, mais ces derniers ont un inconvénient, ils ne sont pas commodes, aussi pour trotter je préfère un petit. Celui dont il est question, malgré qu’il ne me plaise pas, m’amuse beaucoup à cause de sa garniture qui est plutôt simple !!!

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Maintenant que je sais ça, lorsque tu viendras, je le ferai disparaitre, mais d’après ce que tu me dis, je crois qu’il a le temps d’être usé.

Méchant Loulou qui prétend partir au front de très bon coeur ! Oui, je sais mon chéri où tu voudrais aller au plus vite possible, moi j’attends ce moment avec impatience, mais je ne tiens pas à le voir venir de suite ce moment, car après ces quelques jours de bonheur, ce sera encore une grande séparation et de grands dangers pour toi. Tu me dis « où je voudrais aller le plus vite possible pour toujours ». Hélas ! Ce n’est pas en partant que cela avancera les choses et fera finir la guerre plus tôt !!! Tu n’en seras pas plus tôt près de moi. Je comprends que la vie ne soit pas agréable pour toi à Avord, mais sera-t-elle meilleure au front ? Je ne pense pas.

Pour bien faire, il faudrait que tu viennes à nouveau chercher un coucou, cela te distrairait un peu. Il me semble que ces genres de voyage te sont salutaires. En effet, en ce moment il fait un temps très propice, il pleut tous les jours et fait un vent de chien. En ce moment, c’est à ne pas sortir tant il fait froid et pourtant, il faut que j’aille chez Loulou tout à l’heure. Heureusement que ce n’est pas loin. Tout est fermé ici et malgré tout, je gèle, c’est à peine si je peux écrire tant j’ai froid aux mains. Si seulement j’avais mon petit Loulou pour me réchauffer !

En parlant de Loulou, hier j’ai été avec Marie-Louise en matinée à Réjane.

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Il y avait une bonne femme qui me crispait. Elle ne faisait que répéter : « Ah ! Mon Loulou, mon petit Loulou, mon tout petit Loulou ! ». Vieille folle ! Il n’y a que moi qui ai le droit de prononcer ce nom, depuis que je l’ai adopté, il est sacré et je ne veux pas qu’on le prononce. Un peu plus, je prenais une crise de nerfs (pas une crise de rire).

Marie-Louise m’a prié de te souhaiter le bonjour. L’autre jour, elle n’a rien pris pour son rhume, je lui ai fait grâce, elle a le cafard en ce moment. Malgré tout, son rhume n’est toujours pas passé. Une personne qui s’intéresse beaucoup à elle veut qu’elle ne sorte rien qu’avec moi, pas avec ses camarades de danse. Il paraît que je suis de bon conseils et que l’on doit me fréquenter vu que je parais très sérieuse. Enchantée de l’apprendre ! Aussi je te le communique.

Je vais terminer là ma lettre car je vais chez Loulou retrouver Suzanne et ta cousine Gabrielle.

En attendant de tes bonnes nouvelles et en espérant que tu t’ennuies moins, je t’envoie mon chéri adoré un million de mes plus tendres baisers.

Ta petite,

Germaine

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